آخر الأخبار :

قالوا في أحمد بناني أحد أشرس معارضي نظام الحسن الثاني وابنه محمد السادس


S’il fallait ne garder qu’une image, ce serait celle-là. L’œil espiègle, le regard doux et le sourire narquois. La chemise en jean bleu azur et le foulard aux couleurs chatoyantes rappellent qu’il avait eu vingt ans en 1968, alors que fleurissaient les révolutions et les mouvements de libération à l’échelle planétaire. Depuis, Il n’avait plus quitté le camp des indignés, faisant de la lutte contre le despotisme son credo.
Il a été de tous les combats, faisant de son domicile, le quartier général des indignés de tous bords. Une sorte d’Etat-major des amis de la liberté. Plusieurs d’entre eux séjournant en Suisse ou de passage, s’y arrêtaient, le temps d’un conseil, d’une consultation, d’un mémorandum ou d’un discours à peaufiner ou corriger.
C’est dans son petit appartement des hauts de Lausanne, où il poursuivait le combat de toute une vie, contre le régime du Makhzen et son patron, celui qu’il appelait le despote, que je l’ai connu en 2011, lors du « Printemps arabe ». Un coup de téléphone et nous nous sommes retrouvés. Comme si nous nous connaissions depuis toujours. Il était délicieux et fraternel. Il avait gardé de ses origines marocaines, ce don incomparable de vous mettre à l’aise, dès que vous aviez franchi le seuil de sa porte qu’il fermait rarement à clé. Le temps de vous préparer un thé express dans sa cuisine exiguë et la leçon de sciences politiques pouvait commencer. Elle pouvait durer des heures et s’achever à la tombée de la nuit, après une longue balade au bord de ce lac Léman qu’il aimait tant. Il n’était pas rare de croiser ici ou là un ministre, un universitaire ou encore un journaliste. Ils s’arrêtaient tous pour un brin de causette.
- « Les lois de la nature sont ainsi faites que je ne verrais sans doute jamais la chute de ce maudit régime, mais d’autres, et en notre nom, se chargeront un jour d’écrire le mot fin à cette histoire salace ! » me disait-il un jour, sans se départir de son sourire légendaire, alors que nous sirotions un café au bord du lac, en refaisant le monde.
L’idée même que les assassins et tortionnaires des années de plomb puissent mourir dans leur lit, sans avoir jamais expié leurs crimes lui était insupportable. Comme le lui était également l’idée de les savoir aux commandes ou dans les coulisses de cette tyrannie qui se poursuit encore aujourd’hui.
Puis il y avait l’autre volet de son combat. L’Anthropo-islamologue qu’il était, abhorrait par-dessus tout l’Islam des tyrans, celui qui avait enveloppé de son sinistre linceul des contrées entières et aboli toute humanité et tolérance. Il menaçait à présent, de l’emporter là où l’attrait pour les pétrodollars corrompait les puissants et faisait perdre aux nécessiteux et aux misérables toute prise avec la réalité.
Quarante ans durant, Ahmed Benani a fait Honneur à son pays. J’y mets un H majuscule à dessein, car quel plus grand honneur que celui de se ranger du côté des opprimés et se faire porte-parole des sans-voix. Quel plus grand panache que défendre son prochain, lorsque fond sur lui l’injustice pour le dépouiller de sa dignité, puis de sa vie. Et quel plus grand déshonneur que celui de se taire, quand se commettent les crimes les plus monstrueux. 
Oui, il était comme ça, Mon Ami Ahmed. Il refusait de se taire quand d’autres se terraient ou collaboraient avec les tourmenteurs des peuples. Il savait que le Makhzen avait la rancune longue et mauvaise et qu’il n’aurait plus jamais le bonheur de revoir son pays et sa ville adorée, Meknès.
- « Peu m’importe, lançait-il dans un éclat de rire et à grand renfort de revers de main. Que celui qui pourvoie à mon pain quotidien, le garde désormais pour lui ! ».
Quelques fois, au milieu d’un flot de condamnations, la tendresse faisait irruption, sans crier gare. Elle était pour son fils Mehdi. A ce moment-là, je me taisais et j’observais cette lueur d’amour à nulle autre pareille, celle du père pour son fils. La fierté de le voir réussir ses études en plus.
L'homme bouillonnait de projets. Il pensait à une fondation pour fédérer les consciences, restaurer leur dignité aux victimes de l’oppression et dénoncer les oppresseurs, en espérant les voir expier un jour leurs crimes. La maladie en a décidé autrement. La mort aura fait le reste, ce jeudi 20 octobre 2016.
Le dernier pied de nez du politologue aura été qu’il repose aujourd’hui en terre de liberté, loin de la tyrannie et du despotisme, dans ce magnifique pays qu’il aimait tant et qui lui a si bien rendu, en le prenant dans les bras, pour en faire un de ses fils. 
Qu’il repose en paix, dans cette merveilleuse patrie où les hommes ont fait leurs cimetières si beaux qu’ils en sont devenus des lieux de promenade autant que de recueillement. C'est là que j'irai désormais le saluer bien bas. Il mérite bien ce dernier hommage.
Adieu l’Ami !




نشر الخبر :
عدد المشاهدات
أرسل لأحد ما طباعة الصفحة
الرجاء من السادة القراء ومتصفحي الموقع الالتزام بفضيلة الحوار وآداب وقواعد النقاش عند كتابة ردودهم وتعليقاته،وتجنب استعمال الكلمات النابية أو الحاطة للكرامة الإنسانية.