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Cèdres en péril à Tounfit province de Midelt en Haut Atlas oriental


 Vivement une vraie démocratie locale pour protéger la cédraie
 
D’aucuns, s’intéressant au cèdre de l’Atlas, entendent parler de «cimetière de la cédraie» sans avoir jamais vu de quoi il s’agit au juste. Néanmoins ils savent que ça correspond à quelque chose de tragique se traduisant par des agressions contre des arbres centenaires d’une des forêts naturelles marocaines parmi les plus précieuses, inscrite sur la liste du réseau mondial des réserves de biosphère par l’Unesco en mars 2016 (1).  Dans le texte inséré à l’occasion de cette inscription, on souligne le fait que le Maroc détient 75% de cette essence forestière méditerranéenne dans le monde. Ce qui dote le Maroc d’une spécificité toute particulière. Or ces démembrements de cette essence endémique, pour tragiques et sacrilèges qu’ils soient, sont malheureusement devenus monnaie courante depuis des décennies. Il y a du sacrilège dans ces actes de destruction du fait que ces grands arbres, parfois plusieurs fois centenaires, ne font pas partie des arbres plantés par l’homme. Il s’ensuit qu’ils représentent des dons de la nature, irremplaçables et qu’on ne pourrait plus retrouver une fois qu’ils ont été coupés. Avec eux tout un monde disparaît de manière irréversible. Y compris un univers de biodiversité avec flore et faune dont l’habitat est détruit.
 
Ces actes ont fait couler beaucoup d’encre et fait l’objet de reportages audiovisuels, mais apparemment en vain. Bien au contraire, les agressions contre l’arbre se poursuivent.
 
Nouveaux massacres de cèdres centenaires
 
cedreatlas1.jpgAinsi dans la matinée du mercredi 24 août 2016, au cours d’une visite à la forêt de cèdres, dans les environs de Tounfite, province de Midelt, effectuée avec l’acteur associatif Mohamed Attaoui, président de l’Association Avenir du Cèdre et du Mouflon, il a été constaté le spectacle désolant de plusieurs grands cèdres, abattus à la tronçonneuses avec leurs branches feuillues (voir photos). C’était dans le petit vallon faisant partie intégrante de la forêt dite Oualmehrab. L’endroit est un lit d’oued creusé par les torrents de pluie de montagne dans cette partie de la chaîne du Haut Atlas oriental très visitée par les bûcherons à l’approche de la saison d’automne du fait de sa relative proximité du village de Tounfite. La scène macabre montre que des braconniers avaient sévi en coupant plusieurs grands arbres sans pouvoir tout emporter. A côté des immenses troncs abattus, longs de plusieurs dizaines de mètres, des grumes coupées ça et là, il y a tout un tapis de débris, copeaux de bois jonchant le sol sur une grande surface. Preuves qu’on s’était acharné à découper dans la précipitation des parties de troncs pour pouvoir plus facilement les emporter avant le lever du jour.
 
D’après Mohamed Attaoui, fervent défenseur du cèdre dans la région de Tounfite et le premier à avoir dénoncé le drame des enfants d’Anfgou en 2007, ce genre de situation de « cimetières de la cédraie » comme on l’appelle communément, est malheureusement très courant. D’ailleurs, interrogeant des bûcherons qui transportaient les bûches de bois mort en prévision de la saison froide, il apprend que, bien plus loin, dans le même vallon, d’autres grands arbres sont abattus à la tronçonneuse avec le même spectacle révoltant. Combien d’autres régions subissent cette hémorragie des coupes illégales sans que les autorités compétentes y mettent le holà. Les braconniers du cèdre sont bien équipés d’instruments et rôdés aux coups de mains de pillage pour abattre et découper les grands arbres dans un temps record.
 
«Ils emportent ce qu’ils peuvent et reviennent pour découper en morceaux les troncs restants et les charger sur des bêtes et des camions», raconte Mohamed Attaoui qui avait depuis les années 1990 dénoncé ce trafic. Par ailleurs il regrette que souvent les gens, quand ils pensent au cèdre, n’ont en tête que le Moyen Atlas et oublient que cèdre c’est aussi le Haut Atlas oriental. Selon lui on a tendance à oublier que cette partie de la cédraie existe d’où le fait qu’elle ne bénéficie guère d’attention.
 
D’après des estimations, des hectares de cèdres partent en fumée chaque année dans l’ensemble de l’aire de la cédraie Haut Atlas, Moyen Atlas et Rif. En grande partie à cause du braconnage, affirment des acteurs associatifs. Côté officiel on avait toujours pointé la sécheresse, le réchauffement climatique, le dépérissement par les parasites et le surpâturage comme les causes majeures du recul de la cédraie. Selon ce point de vue, le braconnage ne représenterait donc qu’une partie d’une foultitude de causes. Là on semble s’orienter vers une logique de dédramatisation en semblant placer le phénomène de rétrécissement de l’aire de la cédraie dans un contexte mondial de recul des forêts sous l’impact du changement climatique.
 
Mais si l’on admet volontiers que la sécheresse et le réchauffement climatique ont eu des impacts considérables sur la cédraie, il n’empêche que le braconnage, la surexploitation de l’aire du cèdre par les coupes abusives et le surpâturage des troupeaux de moutons (jusqu’à un million de têtes), ont eu des incidences beaucoup plus graves entrainant surtout la décimation des immenses arbres qui valurent à la cédraie marocaine la dénomination emblématique de « forêt cathédrale », empêchant au surplus la régénération naturelle et menaçant un écosystème fragile.
 
De son nom scientifique cedrus atlantica, le cèdre est désigné en tamazight par le mot idyel (pluriel adyal), et en arabe par al-arz. Le cèdre de l’Atlas est un arbre majestueux qui a une croissance lente, n’atteignant l’âge adulte qu’au terme de trois décennies. Il est souvent accompagné par des peuplements de chêne vert. Pendant sa croissance vers l’âge adulte, il est fragile car il meurt si des ruminants le broutent en semis. Son aire se situe sur les hauteurs soit à des altitudes allant de 1500 mètres à plus de 3000 m avec des hivers rudes et neigeux. Depuis des temps immémoriaux l’homme a vécu à ses côté, développant des traditions pastorales. De ce fait il est au centre d’une culture orale amazighe (poésie, légendes, contes) des plus riches témoignant du rapport étroit entre l’arbre et les populations amazighophones autochtones. Celles-ci, ont plus d’une raisons pour s’attacher à lui, puisque les hauteurs où il siège représentent un véritable château d’eau qui irrigue les exploitations agricoles et fruitières tout alentour et tout au long de l’année.
 
 
cedreatlas.jpgMais d’où vient qu’on s’en prenne à l’arbre avec un tel acharnement ? Tout simplement parce que le cèdre offre un bois d’œuvre très précieux, objet de convoitises insatiables en tant que matière première pour le façonnement de beaux meubles d’ébénisterie, portes, plafonds sculptés et peints ainsi que d’autres fastueuses décorations des maisons de luxe et riad dans les villes comme Marrakech, Essaouira ou Fès. Le cèdre serait donc victime de son succès. Un mètre cube de bois de cèdre coûte 14.000 dh selon certaines estimations et jusqu’à 30.000 dh selon d’autres. Du coup il suscite une frénésie mercantile surtout dans le marché noir de braconniers où les prix au rabais trouvent preneurs parmi la multitude de receleurs de bois avides de gains faciles. Ce trafic sera à terme la cause de l’agonie de la forêt et l’extermination de l’arbre, affirment des acteurs associatifs. Du reste depuis 2013 le cèdre de l’Atlas est placé sur la liste des espèces menacées de disparition par l’Union internationale pour la conservation de la nature (2). Aujourd’hui on sait que le fond du problème de l’acharnement sur la cédraie est la démocratie locale qui ne fonctionne pas dans le bon sens. Plus grande richesse pour des communes rurales, après l’agriculture et l’élevage, l’exploitation forestière du cèdre draine depuis des décennies des recettes faramineuses qui ne profitent pas au développement économique et social de la région pour relever le niveau de vie de la population en aménageant et améliorant les infrastructures de base. Or, comme su et ressassé, ce développement est seul garant de la protection de la cédraie, sur le long terme, par les riverains de la forêt eux-mêmes. 
 
La seule explication de la poursuite de la destruction de la cédraie est que les mesures de protections adéquates ne sont toujours pas prises dans une perspective de long terme. Bien plus, d’après des acteurs associatifs, des complicités locales seraient à l’origine de la décimation de la cédraie dans cette région.
 
«La seule richesse naturelle de valeur inestimable continue à être dilapidée pour le profit d’une minorité qui se sustente de l’économie de rente, alors que la population de jeunes marginalisée, souffrant du chômage, est livrée à elle-même» observe un acteur associatif.
 
Au moment où le Maroc organise la grande manifestation COP 22 sur les changements climatique en novembre prochain avec pour thème «L’atténuation des effets des changements climatiques et innovation en matière d’adaptation», il n’est que temps de prendre les mesures adéquates pour protéger l’un des plus importants patrimoines naturels du Maroc qu’est la forêt de cèdre, le dernier rempart contre la désertification. Parmi ces mesures il y a la nécessité d’appuyer une véritable démocratie locale qui fasse de la cédraie un levier de développement.
 
Le cèdre compagnon de civilisations
 
 
cedreatlas3.jpgLe cèdre peut vivre plus de mille ans. Arbre à branches tabulaires, feuilles en aiguilles persistantes, il peut atteindre une circonférence de tronc de dix mètres à la base et dépasser une hauteur de plus de soixante mètres d’où sa beauté majestueuse. Dans le monde, les forêts naturelles de cèdres sont rares. A l’origine on parle du cèdre du Liban évoqué dans le poème biblique, « le Cantique des cantiques », jusqu’à devenir le symbole de ce pays. Seulement au Liban il ne reste plus que quelques deux mille hectares de cette essence forestière. Les vraies cédraies se trouvent au Maroc, en Algérie et en Turquie. Au Maroc le cèdre est réparti entre le Haut Atlas, le Moyen Atlas et le Rif totalisant 130 mille hectares. Comme le rappelle le communiqué de l’Unesco concernant l’inscription de la cédraie marocaine sur la liste des réserves de biosphère, le Maroc détient 75% de cette essence au niveau mondial.
 
Le bois de cèdre, de qualité supérieure, odoriférant, imputrescible, a toujours accompagné la civilisation humaine depuis l’antiquité. Dans la Bible on en parle pour les palais de Salomon. Les Romains en avaient apprécié les qualités nonpareilles dans l’édification des monuments et édifices à haute valeur esthétique et urbanistique. Au Maroc et en Andalousie il avait accompagné l’architecture pour la construction des maisons, riad, palais, casbahs, grandes mosquées dont Qaraouiyyine et Koutoubia, mausolées, prestigieuses médersas dont Bouanania à Fès et Ben Youssef, grandes portes des villes, vantaux, minbars, auvents monumentaux comme celui de la medersa Attarine, moucharabiehs, ameublements etc. (3). Grâce à son bois imputrescible, il permet la transmission des beaux monuments historiques de générations en générations, d’où son apport considérable pour le développement des arts, l’artisanat et la pérennité de la mémoire. C’est grâce à lui en effet que des monuments médiévaux sont restés debout jusqu’à nos jours faisant preuve d’une étonnante vitalité. Il avait au surplus permis de développer un style artistique de sculpture et peinture sur bois typiquement marocain dont des études scientifiques fouillées font état comme l’excellente étude réalisée par l’anthropologue marocain Ali Amahan sur la poutre idrisside de Qraouiyyine, décrivant un art marocain de sculpture et peinture sur bois de cèdre, puisant dans le substrat de culture amazigh et s’appropriant en les réinterprétant les apports oriental et andalou (4).
 
Le succès du cèdre de l’Atlas au-delà des frontières est un fait établi puisque depuis le XIXème siècle il n’a cessé d’être planté avec grand succès dans le cadre de programmes de reboisement en Europe (le sud de la France) aux Etats-Unis (Pennsylvanie notamment) et en Russie à partir de 1890 (Crimée et Caucase).
 
Jamais sans doute on n’aurait pensé, auparavant, pouvoir percer à jour le secret des périodes cycliques de sécheresse qui frappaient le Maroc avec parfois plusieurs années de suite, comme la période exceptionnelle de 1979-1984.  Or le cèdre possède une véritable mémoire du temps et de la succession des années pluvieuses et sèches. Dans ce sens il avait fait l’objet d’études scientifiques qui avaient permis de démontrer notamment que les années sèches et les années pluvieuses étaient signalées dans le tronc grâce aux cernes annuelles de croissance. Comme expliqué dans l’ouvrage collectif « Le cèdre de l’Atlas mémoire du temps » (5) des scientifiques marocains et belges avaient ainsi découvert, entre autres, grâce à l’examen d’un cèdre millénaire, que les années de sécheresse qui durent cinq à six ans de suite, comme celle de 79-84, interviennent au Maroc tous les quatre cents ans.
 
Saïd AFOULOUS
 
1- http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/20_sites_added_to_unescos_world_network_of_biosphere_reserve/#.V91yDYjJwdU
 
2-  http://www.ecologie.ma/le-cedre-de-latlas-classe-en-danger-dans-le-rapport-2013-de-iucn/
 
3- « Le Maghreb à travers ses plantes » de Jamal Bellakhdar, éditions Le Fennec, (2003)
 
4- «Fès et Florence, une quête d’absolu » éditions Senso Unico, (2008)
 
5- « Le Cèdre de l’Atlas mémoire du temps » Editions la Croisée des chemins et Mardaga (2006)




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