الخبر:Il était une fois, un camp de migrants à Rabat
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أرسلت بواسطة موقع ينايري
الأربعاء 16 مايو 2018 - 11:46:40


 
Les migrants subsahariens arrivent au Maroc en ayant pour objectif  de regagner l’Europe. Ils viennent de plusieurs  pays,  du Congo  de  Somalie, d’Éthiopie, d’Érythrée, de Sierra Leone, du Zimbabwe, du Mali, du Camerone, de la guinée. Mais leur destin se ressemble. Ils fuient la guerre, la pauvreté, l’exploitation. Ou, rêvent simplement d’une vie meilleure à l’autre rive de la méditerranée .Pour réaliser ce rêve, ils subissent de multiples injustices de la part de plusieurs acteurs et intervenants.
  
Oumar, 22 ans, Malien, rêvait de devenir un jour un footballeur. Il  parcourut une trajectoire similaire à celle des comptes de fées. Il est venu de Kidal en passant par Timeiaouine, zone dominée par les terroristes de moukhtar Belmoukhtar, ensuite Tamanraset et Alger ; où il  vécut deux ans. Mais son cœur battait pour ce qu’il appelait « BOZA », « l’Europe ». C’est pourquoi, il partit pour un nouveau voyage aussi périlleux que le premier. Il traversa la frontière entre l’Algérie et le Maroc, en passant par des montagnes et des routes fréquentées par les « Moujahdines » à l’époque du protectorat. Arrivé au Maroc, il ne cessa de tenter sa chance de rejoindre BOZA. Ancien habitant de la forêt Gourougou prés de Nador, il devint membre d’un groupe de migrants qui avaient formé ce que l’on appelle le camp d’ALQAMRA à Rabat, constitué de ‎migrants expulsés de la région du Nord par les autorités marocaines. Il s’installa prés ‎de la gare routière «AL QAMRA » dans un espace urbain presque fermé disposant d’une ‎seule voie principale. C’est à la fois un espace sportif pour les jeunes issus du ‎quartier populaire, et un espace de passage pour les étudiants et les ‎fonctionnaires qui traversent quotidiennement le pont. Les migrants ‎subsahariens ont érigé ce camp qui se positionne ‎entre le quartier populaire « Qamra » et «Madinat  Al irfane » où se concentre ‎les institutions universitaires et les établissements de formation et ‎d’enseignement supérieur. Ils ‎subissent une double exclusion, et vivent dans des conditions socio-‎économiques précaires.
Aujourd’hui, cet espace n’est plus approprié par les familles marocaines défavorisées, car elles se sont dirigées vers d’autres quartiers suite à la politique ‎publique de la ville et de relogement social « villes ‎sans bidonvilles ». Bref, il s’agit d’un lieu habité anciennement par des ‎familles marocaines pauvres, récemment approprié par un groupe de ‎migrants subsahariens, qui sont eux aussi en situation précaire. Ils comptent approximativement 200 personnes ‎, jeunes et mineurs non-accompagnés laissés pour compte. 
 Le camp d’Alqamra est récent, comme d’autres camps ‎formés dans certaines villes marocaines. Ils datent de 2014-‎‎2015, et  se situent toujours prés de la gare routière (Ouled Ziane, Qamra). Leur objectif est de rester prés ‎des moyens de transports, en attendant de se ‎déplacer encore une fois vers le Nord du Maroc, quand les conditions sont ‎favorables, pour tenter de rejoindre l’Europe. À l’intérieur de ce cercle vicieux, les migrants sont exposés aux différentes formes de violations de leurs droits humains.
Un si long chemin 
 Les pratiques spatiales ‎de franchissement des frontières, les trajets parcourus sont diverses. Certains sont arrivés par voie légale, un ‎migrant guinéen nous a fait part qu’il avait entamé une démarche administrative ‎ pour arriver au Maroc : « Moi, je ne suis pas venu clandestinement, je ‎suis venu  par avion »‎.
D’autres, surtout les demandeurs d’asile, ont parcouru des territoires de façon irrégulière, en utilisant ‎les moyens de transports les plus variés en ‎empruntant les circuits les plus dangereux par l’intermédiaire de groupes de ‎passeurs, et de groupes armés.
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Les migrants traversent le Sahara entre le mali et l’Algérie
 
Mosaïque africaine
L’espace « Qamra » est approprié par une mosaïque de nationalités ‎et de cultures. Le profil des migrants représente une ‎diversité extrêmement riche, qui recouvre une géographie Africaine large et ‎immense, en termes de pays d’origine, langues, religions et modes de vie. La cohabitation sociale entre les migrants a contribué à  ‎des formes d’organisation sociale basées sur des cadres et des règles pour le vivre-‎ensemble, vu la diversité culturelle et religieuse qui caractérise la vie en ‎campement ; Un lieu de renforcement des liens de solidarité et ‎d’entraide, et de maintien de sentiment de fraternité et d’amitié Africaine pour ‎faire face aux aléas de la vie, et pour confronter les situations de vulnérabilité ‎psychologique, sociale et économique, partagées par l’ensemble qui se retrouve ‎dans des conditions similaires. 
La survie
La majorité des migrants résidant à l’intérieur du ‎campement  exercent la mendicité (la Salam) aux carrefours  en tant que stratégie ‎de survie et de lutte contre la précarité et l’exclusion. Certains, pratiquent ‎des petits boulots dans l’informel, comme le commerce ambulant, ou ‎travaillent dans des restaurants populaires du quartier « Qamra » dont lesquels les ‎propriétaires refusent parfois de les payer.
Les opportunités du travail s’avèrent inexistantes pour eux, à chaque ‎fois ou ils tentent leur chance d’accéder au marché du travail, en multipliant ‎les stratégies de recherche d’emploi dans les secteurs du bâtiment, de ‎constructions, de restauration, de l’électricité… en fonction ‎de leurs compétences professionnelles, car contrairement aux stéréotypes, les ‎migrants subsahariens ne sont pas tous des personnes analphabètes, sans ‎niveau d’instruction et sans qualification. Il’ y a des personnes qualifiées ayant un niveau d’instruction, d’autres ont ‎accumulé des expériences professionnelles dans divers secteurs.
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Les migrants subsahariens dans le camp d’ALQAMRA 
 
La fin du camp
Les tensions avec les autorités locales de Rabat sont récurrentes, mais, peu violentes par rapport à celles des autorités de Nador; où Omar a été emprisonné durant  treize jours suite à sa tentative de franchir les quatre grillages de l’enclave espagnole de Melilla. Les garde frontières Marocains tabassent les migrants qui s’accrochent aux grillages barbelés. Une association qui vient en aide aux migrants à Nador est pleine de personnes blessées selon Oumar. Ce n’était pas sa première tentative, il avait essayé de franchir les deux grillages de Ceuta, il y’a quelques mois. Mais il est retrouvé finalement dans un autocar qui le transporta vers Rabat avec d’autres migrants venant de la forêt de Gourougo, ou d’autres villes où les migrants ont formé leurs camps.
Le dernier dimanche de l’année 2017,  à 2h du matin «  en plein sommeil et en pleine fatigue  » dit Oumar, les forces auxiliaires ont commencé à frapper les boucliers pour réveiller les migrants. Effrayés, ils commençaient à courir et à sauter. Certains se sont fait blesser en s’enfuyant. Les forces auxiliaires ont saisi leurs affaires et  brulé quelques outils. Ensuite, ils les ont forcés à monter dans  Six  autocars.  « C’était le gros cortège »  dit Oumar, qui a failli être capturé par les officiers, il s’en est échappé bel  à l’aide de ces amis qui avaient formé une chaine humaine pour le faire descendre des marches de l’autocar. Approximativement ,150 personnes ont été transportées vers BOUZNIKA, MOHAMADIA, et BENSLIMANE. Certains migrants ont réussi à revenir à Rabat en marchant 35 km ou plus, et sont arrivés  le lendemain à 6h du matin. D’autres, ont fait trois jours pour y revenir. « On nous a fait monter dans les bus comme des moutons. Pourquoi nous emmène-t-on vers un endroit qu’on ne connait pas ? Il y avait des personnes qui n’avaient même pas un dirham dans la poche. Elles ont cru que les autorités allaient les refouler et qu’ils allaient retourner chez eux. D’ailleurs, c’est ce qu’ont leur a dit mais elles se sont retrouvés jetés dans les villes du sud » dit Oumar.
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Les gardes frontières chassent les migrants prés de Ceuta 
 
Flash back
La dispersion des migrants fait objet de rafles ‎dans les villes de Fès, Meknès, Casablanca, allant jusqu’aux villes de la région Sud : Er-Rachidia, Tiznit, et Taroudant. 
En parallèle aux deux compagnes de régularisation (2014 -2016) considérées ‎‎« exceptionnelles » dans la région MENA, les autorités marocaines ont ‎continué de brûler les camps érigés par les migrants subsahariens dans les zones frontalières qui ‎constituent des portes d’entrée vers l’Europe. Les migrants, quand à eux, ne cessent de construire de nouveaux campements.
 Jusqu’au moment de l’écriture de ces lignes, Oumar participe à la construction de l’un de ces camps avec ses amis quelque part dans un lieu qu’il appellerait « la forêt ». « Si les portes de Rabat se ferment, un jour, les portes de Boza s’ouvriront ». 



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